Poutine, alter-Hitler?

« Vladimir Poutine est en train de faire la même chose que Hitler », dixit le Prince Charles d’Angleterre. Cette comparaison, même si elle a été faite dans le domaine privé, me semble un tantinet exagérée. Un gros tantinet, même. 

Poutine a-t-il tué des millions de personnes? Poutine participe-t-il et ordonne-t-il un génocide sur un peuple en particulier? Même les Tchétchènes ne correspondent pas à ce critère. Poutine a-t-il lancé une guerre mondiale? Poutine a-t-il mis l’Europe entière à feu et à sang? Poutine jouit-il d’un véritable culte de la personnalité, de manifestations à sa gloire? Alors quoi de commun entre Adolf et Vladimir? Poutine a une bonne tête d’Aryen, certes. Pour autant, à l’heure où il a soumis à la Douma une proposition de loi visant à punir « la négation de l’action des armées de la coalition anti-hitlérienne pour soutenir la paix mondiale et la sécurité ainsi que la diffusion d’informations mensongères relatives à la Seconde Guerre mondiale », je pense que l’on peut douter de ces prétendus liens de ressemblance entre les deux hommes. Tout ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’avoir instauré un régime autoritaire dans son pays, comme l’avait fait Hitler. 

Ah oui, et aussi, à l’instar d’Hitler en 1933, il a été élu démocratiquement.

Alors, votre Altesse, je vous suggère de faire attention à vos propos, fussent-ils prononcés dans la sphère privée. On n’amalgame pas un régime meurtrier et pervers à un autre, autrement moins néfaste, sur le seul constat d’un autoritarisme qui ne vous plaît pas ou d’une annexion illégale selon la pensée unique occidentale.

Mais lâchez donc Poutine!!

Poutine, ce monstre, ce yéti, ce Staline des temps modernes, cet homophobe, ce pourfendeur des Tchétchènes, ce bouffeur de démocratie, ce colonisateur, cet impérialiste, ce tyran… Quel défaut ne lui a-t-on pas encore imputé? Quel crime n’a-t-il pas encore commis?

La crise en Ukraine est un fait grave, et dont les conséquences peuvent être dramatiques à l’échelle européenne, voire mondiale. Mais Poutine n’en est pas la cause. La cause, c’est la mauvaise politique de Ianoukovitch, et c’est la réaction du peuple ukrainien aux abus de son Président. Je n’excuse pas Ianoukovitch, et je ne cherche pas à enfoncer les Ukrainiens. Seulement, je pense qu’il faut remettre les choses à leur place.

Poutine soutient Ianoukovitch. Ok, ce n’est pas forcément la meilleure chose à faire. Cela dit, le Ianoukovitch en question a été élu démocratiquement. Les élections n’ont pas été truquées ou falsifiées: les Ukrainiens ont fait une bourde en élisant un président peu recommandable. Là encore, Poutine n’y peut rien. Et s’il soutient Ianoukovitch, c’est parce que c’est lui le président légitime d’Ukraine. Bon, ok, aussi un peu parce qu’il est pro-russe, je vous l’accorde. Mais c’est normal de la part d’un chef d’état de défendre les intérêts de son pays, et dans le cas présent, conserver un allié en Ukraine plutôt que d’être mitoyen d’un pays hostile, voire ennemi. Donc oui, soutenir un tyran, un mauvais chef d’état, dans le cas présent, n’est pas une aberration, puisque cela concorde avec les intérêts du pays. (Y en a bien qui soutiennent Hollande, dans une moindre mesure… !)

Soutenir le gouvernement légitime d’un pays, c’est ce que devraient faire tous les états qui se mêlent de cette crise, et toutes les organisations internationales. Car c’est là la norme et la justice. S’ils n’approuvent ou n’apprécient pas ce chef d’état, ils devraient prendre leur mal en patience, et prier pour que les élections suivantes tournent à l’avantage de leur chouchou. Même si l’action de Ianoukovitch ne sert pas les intérêts de leur pays, ces gouvernements n’ont pas à soutenir une révolution qui axe sa révolte sur la violence.

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Les droits de l’homme que nous, pays de l’Union Européenne, avec nos copains d’outre-Atlantique, défendons avec passion et virulence devrait commencer par là. Les révoltés de la Place Maïdan ont violé les droits de l’homme les premiers, en méprisant la démocratie qui avait portée Ianoukovitch au pouvoir, en embauchant (paraît-il) des snipers pour tirer sur la police. Ianoukovitch a riposté, certes. Mais face à une émeute, que faire d’autre qu’envoyer la police anti-émeute ? Face à une révolte violente, comment réagir pour calmer la foule ? Il aurait pu démissionner. Je vous l’accorde. Mais sa riposte armée ne me surprend pas. Elle est choquante car elle fait des morts parmi les civils. Et rien ne justifie cela. Cependant, je conçois que le président Ukrainien ait été déstabilisé et qu’il ait eu recours à cette violence. Et par dessus tout, la peur, je pense, a guidé ses décisions. Vu l’état de la foule, Ianoukovitch a du craindre pour sa vie, ce qui est absolument logique et normal dans une telle situation.

Pour en revenir à Poutine, là encore, il n’a été en rien responsable de ces problèmes, qui sont pourtant la source de toute la crise actuelle en Ukraine et en Europe. Les vues sur la Crimée qu’on lui impute ne sont pas encore avérées : c’est, pour moi, une interprétation des actes de Poutine, et une diabolisation étudiée et systématique de tout ce qui émane de lui. S’il y a envoyé des troupes, pour moi, c’est encore une fois dans l’intérêt de son pays : défendre une population qui le soutient, lui, son pays et son régime, est un acte politique et stratégique. En soutenant les pro-russes de Crimée, Poutine s’octroie le soutien indéfectible de cette minorité, ce qui peut avoir un poids important dans la suite des événements, à l’heure où nul ne sait comment toute cette histoire va finir…